Elsa Conesa Bureau de New York

Les géants de la tech semblent avoir trouvé un nouveau terrain de jeu : les services financiers. La carte de crédit lancée par Apple et Goldman Sachs constitue surtout un relais de croissance pour les deux groupes.
Après avoir bouleversé les médias, la distribution, l’industrie du tourisme ou des transports, les groupes de tech semblent avoir identifié leur prochain terrain de jeu : les services financiers. Le partenariat annoncé lundi soir entre Apple et Goldman Sachs, qui lanceront cet été une carte de crédit commune, en est une nouvelle illustration. L’idée : proposer une carte de paiement liée aux fonctionnalités de l’iPhone, censées aider les consommateurs à gérer leur argent au quotidien. La logique fait sens pour les deux partenaires. Apple, qui cherche à développer des services lui permettant de compenser la décélération des ventes d’iPhones, augmentera ainsi ses revenus dans les services financiers.
Goldman Sachs, de son côté,veut accroître sa présence auprès des particuliers dans la banque de détail, l’un de ses principaux relais de croissance face à la baisse des revenus de ses métiers traditionnels depuis la crise, notamment sur les marchés. Elle a à cet effet lancé Marcus, une banque en ligne qui propose des produits d’épargne et des prêts pour les particuliers.
« Pour créer une carte de crédit aussi innovante que l’Apple Card, nous avions besoin d’une banque qui était prête à faire des choses qui n’avaient jamais été faites dans l’industrie et donc nous avons choisi Goldman Sachs, a déclaré Jennifer Bailey, vice-présidents d’Apple Pay. En tant que nouvel entrant dans la banque de détail, Goldman était à la hauteur du challenge. » Les utilisateurs d’iPhone constituent pour elle une clientèle rêvée, plutôt jeune, aisée et amatrice de produits technologiques. Goldman Sachs, dont c’est la première carte de crédit, investit dans ses infrastructures internes et dans des centres d’appel pour gérer ces futures opérations.
Secteur très réglementé
Goldman et Apple ne sont toutefois pas les premiers à avoir noué un partenariat. JP Morgan offre des cartes de crédit Amazon depuis 2002, et le géant de la distribution en ligne réfléchit déjà à la prochaine étape : le lancement d’un compte courant. La presse américaine a rapporté l’an dernier qu’Amazon avait lancé un appel d’offres auprès de plusieurs banques dont JP Morgan et Capital One, pour développer un tel service. L’objectif n’était pas seulement d’accéder aux données des consommateurs, mais aussi de réduire les frais qu’Amazon paie aux banques sur chaque transaction faite sur son site.
Pour autant, les géants de la tech sont loin d’avoir gagné la partie. Ce ne sont d’ailleurs pas les premiers à essayer de révolutionner un marché bancaire très protégé, et devenu quasiment imprenable depuis la crise du fait du durcissement de la réglementation. La grande distribution s’est aussi lancée dans l’aventure. Si les cartes de crédit « co-brandées » se multiplient, c’est qu’elles sont le moyen le plus simple pour des acteurs non bancaires de toucher les consommateurs sans avoir à investir dans un réseau d’infrastructures de paiement très coûteux.
Apple, qui a noué des partenariats pour la plupart de ses nouveaux services (vidéos, actualités…), et dont le système de paiement par smartphone s’appuie aussi sur les infrastructures bancaires existantes, s’est donc naturellement tourné vers une maison de Wall Street pour développer sa nouvelle carte. Et celle-ci utilisera le réseau Mastercard, dont elle portera le logo.